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Injonction de payer contre un client étranger hors UE : options et stratégies

Votre client est hors Union Européenne et ne paie pas ? Les options pour recouvrer une créance internationale : clause d'élection de juridiction, arbitrage, treaties bilatéraux.

LDPar Laurent Duplat7 min de lecture
Injonction de payer contre un client étranger hors UE : options et stratégies

Recouvrement d'une créance contre un client hors UE

Recouvrer une créance contre un débiteur établi hors de l'Union Européenne est beaucoup plus complexe que dans un contexte purement français ou européen. L'injonction de payer française ne s'exécute pas automatiquement à l'étranger. Voici les options disponibles.

Étape préliminaire : vérifier la compétence du tribunal français

Avant de vous lancer, vérifiez que les tribunaux français sont compétents :

Vous pouvez saisir un tribunal français si :

  • Votre contrat contient une clause d'élection de for désignant la France
  • La prestation a été exécutée en France
  • Vous avez votre domicile ou siège social en France (règles de compétence internationale)

Sans clause contractuelle et si la prestation a été exécutée à l'étranger, la compétence française peut être contestée.

Option 1 : procédure judiciaire française + exequatur à l'étranger

Vous obtenez un jugement français (pas une simple injonction, car plus difficile à faire exécuter à l'étranger), puis demandez sa reconnaissance et son exécution dans le pays du débiteur via une procédure d'exequatur.

Conditions :

  • Existence d'un traité bilatéral ou multilatéral entre France et le pays du débiteur
  • Ou règles de droit commun de ce pays sur la reconnaissance des jugements étrangers

Pays avec convention simplifiée : Maroc, Tunisie, Algérie (mais exécution variable), plusieurs pays d'Amérique latine.

Pays difficiles : États-Unis (procédure état par état, coûteuse), Chine (reconnaissance limitée), Russie (bloquée depuis 2022), pays sans traité.

Coût : procédure judiciaire française (1 000-5 000 €) + procédure d'exequatur locale (variable, souvent 3 000-15 000 €).

Option 2 : arbitrage international

Si votre contrat contient une clause compromissoire, l'arbitrage est souvent la meilleure option pour les créances internationales importantes (> 50 000 €).

Avantages :

  • La sentence arbitrale est reconnue dans 170+ pays (Convention de New York de 1958)
  • Procédure neutre (ni le droit du créancier ni celui du débiteur)
  • Exécution plus facile qu'un jugement national

Institutions d'arbitrage :

  • CCI (Chambre de Commerce Internationale) — Paris
  • AAA/ICDR — New York
  • LCIA — Londres
  • CIETAC — Chine (pour les clients chinois)

Coût : 5 000-50 000 € selon la complexité. À réserver pour les créances importantes.

Option 3 : action judiciaire dans le pays du débiteur

Engager directement une action dans le pays du débiteur via un avocat local.

Avantages :

  • Jugement directement exécutable localement
  • Pas de problème de reconnaissance

Inconvénients :

  • Coût élevé (avocat local + frais de traduction)
  • Délais variables (6 mois à 5 ans selon le pays)
  • Connaissance du droit local indispensable

Recommandé pour : débiteurs importants dans des pays avec une bonne infrastructure judiciaire (Allemagne, Royaume-Uni, Japon, Canada, Australie).

Option 4 : mise en demeure internationale + négociation

Avant toute procédure judiciaire, une mise en demeure formelle envoyée par LRAR internationale peut suffire à débloquer le paiement.

Efficacité : 30-50 % des impayés internationaux se règlent après mise en demeure formelle, car les entreprises étrangères redoutent les procédures judiciaires qui peuvent nuire à leur réputation dans leur propre pays.

Renforcez la mise en demeure : mentionnez la juridiction compétente (française ou arbitrage), la loi applicable, et les conséquences (arbitrage international, inscription sur liste de mauvais payeurs professionnelle).

Option 5 : assurance-crédit export

Prévention avant le problème : si vous exportez régulièrement, l'assurance-crédit export (BPI France, Euler Hermes, Coface) vous couvre contre le risque de non-paiement étranger. Taux : 0,5-2 % du chiffre d'affaires assuré.

Après le problème : si vous avez une assurance, déclarez le sinistre immédiatement. L'assureur prendra en charge le recouvrement et vous indemnisera à hauteur de 70-90 % de la créance.

Prévention : les clauses contractuelles indispensables à l'export

Pour éviter ces complications, incluez dans vos contrats internationaux :

  1. Clause d'élection de for : "Tout litige sera soumis aux tribunaux de [ville française] / ou à l'arbitrage de la CCI"
  2. Loi applicable : "Le contrat est régi par le droit français"
  3. Clause de réserve de propriété : pour les ventes de marchandises
  4. Condition de paiement sécurisée : lettre de crédit (LC), crédit documentaire, ou paiement d'avance pour les nouveaux clients étrangers
LD
À propos de l'auteur
Laurent Duplat

Directeur de la publication. Cet article est relu à partir du Code civil, du Code de commerce et du Code de procédure civile français. Le contenu a une valeur informative et ne se substitue pas à un conseil juridique personnalisé.

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