Délai d'une Mise en Demeure : Combien de Jours Accorder au Débiteur ?
Quel délai indiquer dans une mise en demeure ? 8 jours, 15 jours, 30 jours ? Guide juridique sur les délais légaux, raisonnables et stratégiques pour maximiser vos chances de paiement.

Délai d'une mise en demeure : ce que dit la loi et ce que recommande la pratique
Le délai accordé au débiteur dans une mise en demeure est un choix stratégique. Trop court, il apparaît agressif et peut fragiliser votre position. Trop long, il retarde inutilement votre recouvrement. Voici comment fixer le bon délai selon votre situation.
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Y a-t-il un délai légal obligatoire pour une mise en demeure ?
Non. Le droit français ne fixe pas de délai minimum ou maximum pour une mise en demeure commerciale. L'article 1344 du Code civil précise uniquement que la mise en demeure doit « interpeller le débiteur de remplir son obligation » sans préciser de durée.
En pratique, le délai doit être :
- Suffisamment court pour ne pas allonger inutilement la procédure.
- Suffisamment raisonnable pour permettre au débiteur d'organiser le paiement.
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Les délais pratiqués selon le contexte
| Contexte | Délai recommandé | Raison |
|---|---|---|
| Première mise en demeure (relances déjà faites) | 8 à 15 jours | Équilibre urgence/faisabilité |
| Mise en demeure préalable à référé urgent | 48 heures à 3 jours | Le juge des référés accepte |
| Mise en demeure habituelle entre professionnels | 15 jours | Standard du marché |
| Client particulier (B2C) | 15 à 30 jours | Droit plus protecteur pour le consommateur |
| Montant élevé (> 50 000 €) | 15 à 30 jours | Laisse le temps de mobiliser les fonds |
| Débiteur en difficulté connue | 8 à 10 jours | Évite une détérioration de solvabilité |
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Pourquoi 8 à 15 jours est la norme
Le délai de 8 à 15 jours est devenu la pratique standard dans le commerce français pour plusieurs raisons :
- Équilibre jurisprudentiel : les tribunaux ont tendance à valider les délais de 8 à 15 jours comme raisonnables pour un paiement commercial.
- Pression psychologique optimale : trop long (30 jours), le débiteur repousse le problème ; trop court (48 h), il peut plaider l'impossibilité.
- Préparation procédurale : en 15 jours, vous pouvez préparer votre dossier d'injonction si nécessaire.
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Peut-on mettre un délai inférieur à 8 jours ?
Oui, dans certains cas justifiés :
- Urgence avérée : risque de fuite des actifs, débiteur qui cède son fonds de commerce.
- Référé-provision immédiat : un juge des référés accepte des délais réduits à 48 heures si l'urgence est démontrée.
- Procédure SIREN : pour certaines procédures spéciales, des délais très courts sont prévus par la loi.
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Le délai commence-t-il à la date d'envoi ou de réception ?
Il commence à la date de réception par le débiteur, pas à la date d'envoi. C'est pour cette raison que la LRAR est préférable : l'avis de réception signé par le débiteur fixe la date de départ du délai de façon incontestable.
Si le débiteur ne retire pas le recommandé, la jurisprudence considère généralement que la date de dépôt de l'avis de passage fait foi.
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Fixer le délai en JOURS CALENDAIRES ou OUVRABLES ?
Précisez toujours jours calendaires (tous les jours, week-end et jours fériés compris). Les jours ouvrables (hors week-end et jours fériés) allongent effectivement le délai.
Bonne pratique : indiquez « dans un délai de [X] jours calendaires à compter de la réception du présent courrier ».
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Que faire si le délai expire sans paiement ?
Dès l'expiration du délai, vous pouvez :
- Saisir le tribunal pour une injonction de payer (voir procédure injonction de payer).
- Engager un huissier pour signifier une contrainte.
- Envoyer un second recommandé mentionnant que le délai est expiré et que la procédure judiciaire est engagée.
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Le délai influence-t-il les intérêts de retard ?
La mise en demeure est le point de départ des intérêts de retard lorsque l'échéance de la facture n'a pas été précisée. Mais si la facture mentionne une date d'échéance, les intérêts courent automatiquement dès le lendemain de cette date, sans attendre la mise en demeure.
En revanche, la mise en demeure marque souvent le début du délai pour la clause pénale contractuelle.
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Cas pratiques
Cas 1 : Facture de 2 000 € impayée depuis 45 jours, débiteur professionnel, 2 relances ignorées. → Délai recommandé : 10 jours. Vous avez déjà fait preuve de patience.
Cas 2 : Facture de 15 000 € impayée depuis 10 jours, débiteur habituellement fiable. → Délai recommandé : 15 jours. Laissez le temps pour un incident de trésorerie ponctuel.
Cas 3 : Débiteur en zone grise (rumeurs de difficultés financières). → Délai recommandé : 8 jours maximum + préparation parallèle du dossier judiciaire.
Directeur de la publication. Cet article est relu à partir du Code civil, du Code de commerce et du Code de procédure civile français. Le contenu a une valeur informative et ne se substitue pas à un conseil juridique personnalisé.


