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Procédure amiable

Facture sans bon de commande : quelles preuves ?

Facture impayée sans bon de commande : preuves à réunir, relance, mise en demeure et recours si le client conteste.

LDPar Laurent Duplat••6 min de lecture
Facture sans bon de commande : quelles preuves ?

Facture impayée sans bon de commande : comment prouver votre créance et vous défendre

Votre client refuse de payer une facture au motif qu'il n'a jamais signé de bon de commande ? Cette situation, fréquente dans les relations commerciales informelles — notamment pour les freelances, consultants, agences et artisans — n'est pas sans recours. La loi française consacre le principe de liberté de la preuve en matière commerciale, ce qui vous offre de véritables armes juridiques pour défendre votre créance, même en l'absence de bon de commande formalisé.

L’absence de bon de commande ne permet pas, à elle seule, de conclure qu’une dette existe ou n’existe pas. Il faut établir l’accord, la prestation et le solde réclamé. L’article 1353 du Code civil impose à celui qui réclame l’exécution d’une obligation de la prouver.

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Le principe fondateur : la liberté de la preuve entre commerçants

L'article L110-3 du Code de commerce

L’article L110-3 du Code de commerce autorise la preuve par tous moyens des actes de commerce à l’égard des commerçants, sous réserve des dispositions légales contraires. Il ne suffit donc pas que les deux parties soient des professionnels pour appliquer cette règle.

Article L110-3 du Code de commerce : « À l'égard des commerçants, les actes de commerce peuvent se prouver par tous moyens à moins qu'il n'en soit autrement disposé par la loi. »

Un artisan, un professionnel libéral et un commerçant ne relèvent pas automatiquement du même régime de preuve. Vérifiez la qualité des parties, la nature de l’acte et les règles particulières du contrat. Lorsque les règles civiles s’appliquent, l’article 1359 du Code civil prévoit notamment une preuve écrite pour certains actes ; les exceptions doivent être examinées dans le dossier.

Les conséquences pratiques

Les éléments suivants peuvent contribuer à établir l’accord lorsqu’ils sont recevables dans le régime applicable. Leur portée dépend de leur contenu, de leur authenticité et des autres pièces ; aucun ne garantit à lui seul le paiement :

  • Un simple échange d'emails validant une prestation
  • Des messages SMS ou WhatsApp confirmant une commande
  • Un bon de livraison signé par le client
  • La réalisation de la prestation sans contestation de la part du client
  • L'historique de vos relations commerciales antérieures

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Les preuves recevables : constitution d'un dossier solide

Les emails et communications électroniques

Les emails constituent la preuve la plus fréquemment utilisée en contentieux commercial. Pour qu'ils soient exploitables :

Conservez impérativement :

  • L'email initial de demande de prestation ou de devis
  • Les échanges de négociation (conditions, délais, modalités de réalisation)
  • L'email confirmant l'accord, même tacitement (« OK merci », « Vous pouvez commencer », « C'est bon pour nous »)
  • Les emails post-livraison (retours sur la prestation, validations, rapport de mission)
  • Les emails de suivi de facturation et les éventuels accusés de réception de la facture

Valeur probante : l’article 1366 du Code civil soumet la force probante de l’écrit électronique à l’identification de son auteur et à des conditions d’établissement et de conservation garantissant son intégrité. Conservez les échanges complets et leurs pièces jointes ; un extrait isolé ne démontre pas nécessairement l’accord sur la prestation et son prix.

Les messages instantanés (SMS, WhatsApp, Slack)

Les messages SMS et WhatsApp sont recevables en justice. Capturez-les (captures d'écran horodatées) et, si possible, faites examiner l’intérêt d’un constat par un commissaire de justice ; ce constat ne garantit pas à lui seul l’issue du litige. Un message WhatsApp « Ouais go, préviens moi quand c'est dispo » peut constituer un accord tacite.

Les bons de livraison et fiches d'intervention

Un bon de livraison ou une fiche d’intervention signé peut documenter une remise ou une intervention. Vérifiez ce qui est effectivement reconnu, les réserves, la date et l’identité du signataire. La réception d’un bien ne démontre pas nécessairement l’accord sur tous les prix, suppléments ou conditions invoqués.

Bonne pratique : prévoyez un document de réception adapté à la prestation et conservez sa version complète. Le support PDF ou la signature sur tablette ne dispense pas de vérifier l’identification, l’intégrité et la portée du document.

Les devis et propositions commerciales

La preuve de réception d’un devis ne prouve pas automatiquement son acceptation. L’article 1120 du Code civil pose que le silence ne vaut pas acceptation, avec des exceptions liées notamment à la loi, aux usages, aux relations d’affaires ou aux circonstances. Recherchez une réponse ou un comportement dont la portée peut être établie, sans déduire l’accord du seul silence.

L'usage commercial entre les parties

Si vous avez travaillé plusieurs fois avec ce client en payant sans bon de commande, l'historique de vos relations constitue un usage entre les parties. Cet usage peut être invoqué devant le juge pour démontrer que la commande verbale était le mode habituel de fonctionnement entre vous deux.

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La stratégie de recouvrement face au refus pour absence de bon de commande

Étape 1 : Réunir et organiser les preuves

Avant toute démarche, constituez un dossier complet :

  1. Rassemblez tous vos emails, SMS, messages
  2. Récupérez les éventuels bons de livraison ou fiches d'intervention
  3. Identifiez les témoins (collègues ayant participé à la prestation, contacts chez le client)
  4. Classez chronologiquement vos preuves (de la demande initiale à la livraison)
  5. Calculez le total dû en séparant capital, pénalités de retard et indemnité applicable si B2B

Étape 2 : Envoyer une mise en demeure documentée

Adressez une mise en demeure en lettre recommandée avec accusé de réception (ou LRE via AR24) incluant :

  • La facture impayée avec toutes ses références
  • La liste des preuves disponibles (« comme en attestent les échanges emails du [date] »)
  • Une mention explicite : « La preuve de cet engagement résulte des échanges joints et de l'exécution de la prestation acceptée sans réserve le [date]. »
  • Le montant total réclamé, avec capital et pénalités applicables
  • Un délai adapté au contrat et à la situation, à faire vérifier si nécessaire
  • La mention des suites judiciaires envisagées

Étape 3 : Proposer une conciliation ou une médiation

Avant le recours judiciaire, proposez à votre client une médiation commerciale. Cette démarche démontre votre bonne foi, peut débloquer la situation sans frais et permet parfois de trouver un accord partiel acceptable.

Étape 4 : Vérifier la procédure et la juridiction compétente

Si la phase amiable échoue, faites vérifier la juridiction et la procédure adaptées à la créance et aux parties. La fiche Service Public sur le recouvrement amiable distingue l’injonction de payer, le référé-provision et l’assignation ; leur choix ne se déduit pas du seul montant ou de l’absence de bon de commande.

Compétence :

  • Créances simples entre professionnels : procédure adaptée selon le dossier
  • Créances contestées ou plus complexes : injonction de payer ou assignation
  • Créances importantes ou complexes : représentation par avocat recommandée

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Les erreurs fatales à éviter absolument

ErreurConséquenceSolution
Ne pas conserver les emailsPreuve perdueArchivage systématique
Livrer sans aucune trace écriteAccord et exécution plus difficiles à établirObtenir un accord confirmé et conserver les pièces d’exécution
Attendre trop longtempsPrescription à vérifier selon la créance et les partiesFaire vérifier le délai et les actes utiles sans attendre
Accepter « sans bon de commande = pas de dette »Abandon de droitsConnaître la loi
Ne pas inclure les pénalités dans la réclamationPerte de revenusCalculer avec notre outil

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Prévention : comment éviter cette situation à l'avenir

Pour ne plus jamais vous retrouver dans cette situation, adoptez ces bonnes pratiques :

1. Devis signé systématiquement Utilisez un outil de signature électronique (DocuSign, Yousign, SignNow). La signature électronique qualifiée a la même valeur juridique qu'une signature manuscrite (art. 1366 et 1367 C. civ.).

2. Conditions Générales de Vente robustes Communiquez vos CGV et conservez les éléments établissant leur acceptation. Selon l’article 1119 du Code civil, les conditions générales invoquées doivent avoir été portées à la connaissance de l’autre partie et acceptées. Une clause ajoutée par le prestataire ne prouve pas, à elle seule, que le client y a consenti.

3. Email de confirmation systématique À la suite de toute commande verbale ou téléphonique, envoyez immédiatement un email récapitulatif : « Suite à notre échange de ce jour, je confirme la réalisation de [prestation] pour [montant], livraison prévue le [date]. Merci de me confirmer votre accord. »

4. Bon de réception à chaque livraison Faites signer un document adapté à chaque livraison ou fin de prestation. Conservez les réserves et précisez l’objet de la signature ; ne présentez pas ce document comme une preuve irréfutable de tous les éléments du contrat.

5. Bon de commande propre à votre activité Si votre client refuse de fournir un bon de commande, établissez le vôtre et invitez-le à le valider par email. Un bon de commande sans signature physique mais validé par email a une valeur probante solide.

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Ce que le dossier doit démontrer

Rapprochez les pièces de trois questions concrètes : qui a accepté quelle prestation et quel prix, quels éléments établissent l’exécution, et comment le solde tient compte des paiements ou avoirs. L’article 1353 du Code civil fixe la charge de la preuve ; une référence jurisprudentielle doit être vérifiable et correspondre à la situation examinée.

Une relance ou une mise en demeure ne doit pas être considérée automatiquement comme interruptive de prescription. Faites vérifier le délai et les actes utiles au dossier ; l’article 2241 du Code civil traite de l’effet d’une demande en justice.

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Sources utiles

? lire aussi

Sources officielles

Ces références publiques servent de base de vérification pour le cadre légal, les délais, les relances et les procédures citées dans ce guide.

Pour approfondir ce sujet

  • Injonction de payer — Guide pratique pour préparer une injonction de payer : conditions, pièces, tribunal compétent, signification, opposition et exécution.
  • Injonction de Payer Sans Avocat 2026 — Tout pour obtenir votre ordonnance d'injonction de payer sans avocat : Cerfa 12946, quel tribunal, délai 2 à 6 semaines, que faire si le débiteur s'oppose. Guide 2026.
  • Huissier injonction de payer : rôle dans la signification — Comprendre l intervention du commissaire de justice après ordonnance. Guide pratique avec méthode, points de vigilance et liens utiles pour agir sur une facture impayée.
  • Saisie attribution bancaire après impayé — Saisie-attribution bancaire : titre exécutoire, commissaire de justice, compte saisi, contestation et limites.
  • Mise en demeure — Hub central pour rediger, envoyer et prouver une mise en demeure pour facture impayee.
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À propos de l'auteur
Laurent Duplat

Directeur de la publication. Cet article est relu à partir du Code civil, du Code de commerce et du Code de procédure civile français. Le contenu a une valeur informative et ne se substitue pas à un conseil juridique personnalisé.

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